MARION

Résumé

Dans un paisible village de Normandie, la famille de Marion vient de s'installer. Marion, qui a une grande soeur et deux petits frères, est en classe de CM2. La mère s'occupe de tenir la maison. Le père travaille sur un chantier. Un jour, à cause d'une crise d'épilepsie, une riche voisine est victime d'un accident de circulation. La mère de Marion prend soin d'elle ; des relations cordiales s'établissent. Marion aime rendre visite à cette femme, Audrey. Et Audrey, qui n'a pas d'enfants, apprécie la présence de la fillette, au point de désirer l'adopter.

Le goût du réel

La fiction de Manuel Poirier se déroule en milieu rural, dans un village de Normandie encadré de verdure et de pommiers. Le monde moderne urbanisé, ses rythmes, ses contraintes, se font oublier et ne constituent plus que de lointains fantômes.

Il filme en plans moyens, semi-ensemble et ensemble, des anti-héros ordinaires et anonymes . Son attention se porte sur les gestes quotidiens, les habitudes et relations villageoises, la lumière naturelle, les détails d'architecture et d'aménagement intérieur . La mise en scène y trouve ainsi une partie de son réalisme, et se nourrit littéralement de l'écoulement d'un temps toujours égal .

A travers une série de détails choisis et de parti-pris, le cinéaste met en place une certaine idée du cinéma et du bonheur. Manuel Poirier s'est mis en quête d'une durée, de paysages, d'histoires, de personnages en matière réelle.

A rebours des pratiques et des séductions spectaculaires du cinéma commercial, et loin des comportements vides de sens de la grande ville, Manuel Poirier propose une double alternative où septième Art et art de vivre se retrouvent, s'interpénètrent, et se réinventent

Une impression paradoxale

Le projet humain et cinématographique de Manuel Poirier n'a rien de singulier, ou d'atypique, et semble assez répandu. Pour autant, il ne fait aucune doute qu'il se situe en dehors de la norme, ou en tout cas aux marges du système .

Un film comme Marion, dont nous ne devons pas sous-estimer la dimension enthroplogique, capte la vie ordinaire de quelques uns des habitants d'un village normand . Il enregistre une réalité sans artifice, et où la fiction est réduite à presque rien. D'où vient alors qu'une certaine magie semble investir le récit, émaner du contenu même des plans - là où la littéralité, la " fadeur ", la " platitude " des faits et gestes quotidiens semblait l'emporter ?

C'est un des étonnements et des paradoxes les plus forts du film. Marion fait partie des films des années quatre-vingt-dix où le monde, tel qu'il est, retrouve sa place dans le cadre. Il redevient le véritable objet de l'image . De surcroît, c'est un film où le découpage et le montage respectent au mieux l'espace et le temps ; ce que le cinéma avait pris pour habitude de tronçonner, de morceler, de détruire.

Cette rigueur de réalisation, en brisant nos habitudes de consommation audiovisuelle, n'est pas dénuée de fraîcheur, et d'effets d'enchantement. Son impact particulier sur les spectateurs attentifs et disponibles est assez fort pour créer, là même où le film parle de difficulté à vivre et à s'en sortir, des impressions de bonheur et d'harmonie.

  • France - 1997 - 1h 38
  • Titre original : Marion
  • Réalisation : Manuel Poirier
  • Scénario : Céline et Manuel Poirier, J.F. Goyet
  • Interprètes : Coralie Tetard (Marion), Pierre Berriau (Le père), Elisabeth Commelin (La mère), Marie-France Pisier (La Parisienne), Jean-Luc Bideau (Le Parisien)
Film et culture